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Rivaliser, coopérer: vivre en compétition dans les sociétés du haut Moyen Âge - Venise, 19-21 mars 2015

Cette rencontre est la dernière d’une série sur la compétition dans les sociétés du haut Moyen Age. Il s’est avéré que la démarche opposant compétition et coopération était réductrice, car elle occultait les formes de coopération entre des partenaires en compétition et elle conduisait à accentuer l’opposition entre périodes dites de crise et périodes dites de stabilité.

La rencontre de Francfort a d’emblée mis l'accent sur les jeux, qui relèvent d’une compétition non agressive, contrôlée, entre des partenaires qui non seulement ne cherchent pas à éliminer les autres, mais qui sont aussi capables de coopérer. Dans les rencontres qui ont suivi et qui ont mis au cœur de l’analyse le sacré et les ressources, la Game theory a été plusieurs fois convoquée pour comprendre les stratégies développées par des partenaires multiples, qui doivent tenir compte de nombreux facteurs interdépendants, alors qu’aucune décision ne peut être prise isolée d'une autre série de décisions. La théorie des jeux permet de comprendre que très souvent les compétiteurs acceptent de perdre avant de gagner, et que parfois, plutôt que de gagner, ils peuvent vouloir simplement neutraliser leurs rivaux, les empêcher de prendre avantage sur les autres, dans l’espoir de mieux gagner ailleurs, un processus pour lequel les chercheurs en sciences sociales ont forgé le terme de «coopétition». La coopétition permet de définir le jeu des interactions entre des acteurs qui rivalisent et qui collaborent en même temps, en insistant de plus en plus sur la dimension psychologique des interactions. Le choix de collaborer avec un compétiteur implique en effet de la confiance (trust). Or, c’est précisément la fides – qui combine fidélité, foi et confiance- qui est le lubrifiant essentiel de la société médiévale, mais le climat de confiance et la capacité à coopérer en rivalisant varie selon les périodes, selon les lieux et selon les catégories sociales.

Dans ce colloque, on cherchera à tester le modèle de la coopétition dans une dimension chronologique. A l’aide de cas concrets, il s’agira de déconstruire la notion de période de crise et de période de stabilité, au prisme de la coopétition, ou si l’on préfère du rapport amitié-haine. On prendra en compte les différents paramètres (nature des interactions d’un côté, volonté /capacité des autorités à susciter le consensus et la coopération, volume des biens en compétition, convergence et conflit de valeurs de l’autre). On sera donc particulièrement attentif aux jeux d’échelle (en particulier aux relations centre-périphérie, à toutes les époques considérées) et au degré d’intégration des acteurs sociaux dans des groupes plus ou moins larges : dans un groupe très large, le degré d’intégration est faible, il y a peu de compétition et peu de collaboration, sauf si une autorité supérieure cherche à insuffler une forte identité, au besoin contre des ennemis extérieurs. En revanche, des relations plus intenses, dans des communautés comme les familles, les monastères, les fraternités et confraternités, les guildes, ou même les cours, peuvent susciter collaboration et émulation, sans pour autant que la société soit davantage «pacifiée» ou ordonnée.

On souhaite prendre en compte tous les espaces et focaliser l’attention sur trois périodes caractérisées, semble-t-il plus que d’autres, par une alternance d’instabilité et de stabilité sur le plan politique : 550-650, 800-900, 1050-1120.