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Genre et compétition au haut Moyen Âge (Paris, 13-14 oct. 2011)

L’action des femmes et les rapports femme-homme restent toujours bien difficiles à appréhender pour les hautes époques, où les sources évoquent proportionnellement beaucoup moins les femmes que les hommes. C’est d’autant plus difficile que ces silences ont permis de projeter sur ces périodes des discours fort contrastés sur la question du genre. À l’instar de la préhistoire, le haut Moyen Âge a en effet été souvent présenté comme une période décisive dans le processus de division sexuée des rôles sociaux : il faut résister à la fois à la tentation d’un discours médiéval aussi bien que contemporain fort androcentré et aux sirènes d’une « réhabilitation » de la femme des origines, qui aurait été une matriarche de plus en plus opprimée. Le genre est affaire de construction, et de discours, et le filtre est double. L’application de la notion de genre elle-même a pu faire débat : pensait-on une division sexuée des rôles et des actions ? Il semble bien que oui, mais le discours peut davantage le souligner selon les périodes, les auteurs, les contextes sociaux.

La domination masculine peut s’exprimer en terme de compétition entre les sexes, sous la forme d’une exclusion ou d’une discrimination, dès la naissance. L’état des sources lui-même en est le témoin. Des sources écrites aux sources archéologiques, les femmes peuvent souvent apparaître comme les grandes absentes. Cette absence elle-même nous lance une interrogation forte, si ce n’est un défi.

Fiancée convoitée et même disputée, puis épouse, c’est en tant qu’objet de compétition que la femme est explicitement évoquée dans les sources. Elle apparaît souvent comme une alliée fidèle de sa famille (et plus encore de la famille de son époux), dans les compétitions pour le prestige et les richesses qui opposent les groupes élitaires. Est-elle davantage valorisée dans ce rôle durant les époques de crise ? Les périodes où la hiérarchie sociale est moins marquée sont elles plus particulièrement favorables à mobilité sociale des femmes ? Quand jouent-elle plus volontiers un rôle d’intermédiaire et de médiatrice ? Des solidarités féminines peuvent-elles réellement favoriser ou empêcher l’entrée d’individus ou de groupe familiaux dans un processus de compétition ?

Dans des rivalités qui se muent parfois en compétition, les femmes jouent un grand rôle, comme objet d’échanges, considérées comme des « trésors animés » (selon la formule de Pauline Stafford) envoyés au mariage ou au monastère. Elles peuvent cependant aussi jouer un rôle plus actif, par exemple au sein des cours, dans le combat pour la domination. Leur exclusion des fonctions publiques leur interdit-elle alors la participation effective ou seulement apparente à la compétition pour le prestige et les richesses ? Quelle est l’efficacité réelle ou symbolique des armes réputées féminines sur les terrains variés de la compétition : les vêtements, la beauté, la séduction, le souci de l’apparence ?

Que peut nous apprendre le discours des émotions, en tant qu’indice de l’effectivité et de la performativité des relations sociales ? Le discours sur la femme (ou l’homme) pugnace est bien souvent lui-même un élément de la compétition : comment s’exprime la virilité, qui donne droit à concourir aux plus hautes fonctions, dans une société où le pouvoir (laïc) revêt un fort aspect guerrier ? Comment étudier les sous-entendus, les injures, les louanges ? La représentation médiévale de la nature féminine, associée à la paix et aux alliances, interdit-elle aux médiévaux de penser l’action féminine elle-même en termes de compétition ? Peuvent-elles impunément emprunter les attributs les plus masculins de l’expression du pouvoir ? En va-t-il autrement dans le monde des ecclésiastiques et des saint(e)s, dont le modèle guerrier n’est pas forcément exclu ?

Tout comme la catégorie du genre n’affecte pas de la même manière les individus selon leur statut juridique ou social, elle les affecte différemment au cours de leur vie. Il faut se garder à tous points de vue d’une vision trop statique. Comment la participation des femmes (et des hommes) à ces compétitions est-elle donc conditionnée par leur âge ou leur statut familial ?

On abordera ces questions en trois moments :
Thème 1 : la compétition entre les sexes. Soins et discrimination.
Thème 2 : Mobilité des femmes et accès des femmes au pouvoir
Thème 3 : Expression genrée de la compétition